À Villeurbanne, Laura Ben Haïba et Rémy de Chiara gravent la mémoire du Bob avant sa transformation annoncée à l’horizon de fin 2027. Leur exposition, « Éco-gravure d’un tiers-lieu : le Bob », transforme des emballages récupérés en matrices d’impression. Une manière de préserver, avec les occupants et les habitants, les traces sensibles de ce lieu en mouvement.
Au Bob, une exposition pour garder la mémoire du lieu
Installés dans un atelier du Bob, au sein de l’Étape 22D, les deux artistes plasticiens observent ce site industriel à travers ses usages successifs. Leur exposition rassemble plus d’une trentaine d’estampes, nourries par ses archives, ses matières et les transformations à venir.
Le projet s’inscrit dans l’histoire d’un tiers-lieu dédié aux expérimentations culturelles et sociales. Alors que son avenir est appelé à changer, les œuvres fixent ce qui échappe souvent aux plans d’urbanisme : les gestes quotidiens, les marques du temps et l’énergie collective.
L’éco-gravure, du déchet à l’estampe
Plutôt que d’utiliser des plaques de cuivre ou de zinc, Laura Ben Haïba et Rémy de Chiara réemploient des emballages industriels. Les films plastiques et métallisés, notamment ceux des briques alimentaires, deviennent des supports à graver, encrer puis presser.
Cette technique reprend les principes de la taille-douce tout en donnant une seconde vie à des matériaux destinés au rebut. Dans l’atelier, la presse transforme ainsi un emballage ordinaire en image singulière, au plus près de l’identité du Bob.
Les traces du Bob, entre végétation et mémoire ouvrière
Le regard de Rémy de Chiara s’attarde sur les détails : papier peint usé, morceau d’adhésif, fissure ou tache. Ces signes modestes racontent les occupations successives du bâtiment et donnent à l’exposition une dimension d’archéologie du présent.
Laura Ben Haïba observe, elle, les plantes qui s’installent sur le site. Aux anciens aménagements ornementaux répondent les végétaux spontanés et les plantations récentes des occupants. Les estampes assemblent ces éléments sans chercher à reproduire fidèlement le réel : elles mêlent documentation et poésie.
Une création partagée avec les occupants et le quartier
Le projet ne se limite pas au travail du duo. Des ateliers invitent résidents, voisins et curieux à manipuler les mêmes matériaux et la même presse que les artistes. Leurs estampes rejoignent celles des plasticiens dans l’exposition, sans hiérarchie entre les regards.
Cette dimension collective prolonge une démarche déjà tournée vers la transmission, avec des ateliers et des formations. Pour les artistes, garder une trace de ces lieux transitoires compte d’autant plus qu’ils peuvent disparaître rapidement sous la pression foncière ou faute de financements.
Voir « Éco-gravure d’un tiers-lieu : le Bob » à Villeurbanne
Le vernissage est prévu le 1er octobre 2026 au Bob, à La Multi, 34 rue Decomberousse, 69100 Villeurbanne. L’exposition est annoncée jusqu’au 26 novembre et se visite sur rendez-vous avec les artistes.
Avant que le site ne change de visage, ces estampes en conservent une mémoire concrète et partagée. Une façon de faire durer l’esprit du Bob au-delà de ses murs.

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