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« On m’a pris ma jeunesse » : Gniep, première personne appareillée par Handicap International, raconte son parcours

28 septembre 2026 · 23h062 min de lecturePar Clélie Mathias
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À Villeurbanne, Gniep Smoeun a raconté comment une mine antipersonnel lui a arraché la jambe alors qu’elle avait dix ans. Première bénéficiaire de Handicap International, elle est devenue infirmière et mère de famille en France. Son témoignage alerte aujourd’hui sur les risques d’un recul du Traité d’Ottawa.

Gniep Smoeun, survivante d’une mine antipersonnel au Cambodge

Au début des années 1980, près de la frontière entre le Cambodge et la Thaïlande, Gniep part chercher de l’eau. Elle marche sur une mine et est projetée au sol. Ce n’est qu’en tentant de se relever qu’elle comprend que sa jambe droite a été arrachée.

Des soldats la conduisent dans un dispensaire de fortune, puis elle est transférée en Thaïlande. Elle y subit 17 opérations et passe plus d’un mois dans le coma. « On m’a pris ma jeunesse », résume-t-elle aujourd’hui.

Handicap International accompagne ses premiers bénéficiaires

Dans un camp de réfugiés, le parcours de Gniep croise celui de militants lyonnais, dont le médecin Jean-Baptiste Richardier. En 1982, ils fondent Handicap International pour fabriquer des prothèses accessibles et permettre aux personnes amputées de retrouver de la mobilité.

Pour la jeune fille, l’appareillage ne va pas de soi. La prothèse, inconfortable et maintenue par une sangle, lui paraît surtout utile aux adultes qui doivent travailler. Elle préfère sa béquille et ne porte l’appareil que lorsque des visiteurs passent au centre.

Arrivée ensuite en France sans parler français, Gniep apprend la langue, poursuit ses études et devient infirmière. Elle exerce ce métier pendant quinze ans : une trajectoire reconstruite pas à pas, loin de la seule image de la victime.

À Villeurbanne, son témoignage défend le Traité d’Ottawa

Lors de la Pyramide de chaussures à Villeurbanne, 5 318 paires ont rendu visibles les vies fauchées ou mutilées par les mines. La ville doit accueillir en 2027 le futur siège de Handicap International, dans le quartier du Tonkin. Ici, la mobilisation prend une résonance particulière.

Signé en 1997, le Traité d’Ottawa interdit l’emploi, la production, le stockage et le transfert des mines antipersonnel. Alors que certains États remettent en question leurs engagements, Gniep dénonce une régression humaine autant que politique. « Quand une personne est détruite par une mine, c’est toute la famille et toute l’économie qui s’effondrent », rappelle-t-elle.

Le cofondateur de l’ONG estime que le traité a permis d’éviter plus de 20 000 nouvelles victimes par an. À Villeurbanne, la montagne de chaussures rappelle une vérité tenace : longtemps après les combats, ces armes continuent de menacer les civils.

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